Centre Georges Chevrier - Sociétés et sensibilités
UMR 7366 - CNRS uB

Atelier de recherche


Penser la/les transition(s)
Histoire et sciences sociales devant les urgences du temps


Séminaire 2018-2019


Organisation :

Robin Villemaine
(CCFD-Terre Solidaire),
François Jarrige et
Jean-Louis Tornatore (CGC UMR CNRS uB 7366)



28 mars 2019
de 14 h. à 17 h.

Lieu :
uB – 2 bd Gabriel
Salle 319
(3e étage du bâtiment droit)

(accès/informations pratiques ici)

 


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Les ONG à la recherche du développement

 

 

Présentation

Cette séance propose d’interroger la notion de développement et l’objet « ONG » au travers du regard croisé de chercheurs et d’acteurs du « développement ». Il s’appuiera sur l’expérience du CCFD-Terre Solidaire qui a entamé un chantier triennal de réflexion sur le sens à donner au développement dans un monde de plus en plus lucide aux impasses socio-écologiques de l’économie mondialisée. Nous questionnerons l’évolution des concepts et référentiels d’action de cette ONG, ses stratégies pour faire transition, les débats voire tensions qui les traversent, et ce que recouvre très concrètement le travail de développement au quotidien.

Le « développement » est une invention qui fait recette à la sortie de la Seconde Guerre mondiale dans un contexte marqué par la fracturation des grands empires coloniaux et par la guerre froide. Pour les démocraties occidentales victorieuses, chrétiennes, riches, capitalistes et industrialisées, l’aide au « développement » constitue une stratégie pour lutter contre la progression du communisme, pour assurer son approvisionnement en matière première et pour accroître les marchés d’exportation. À côté de ces enjeux géostratégiques, l’aide au développement s’affirme aussi comme un impératif moral aux motifs divers : devoir de compassion face à la misère du prochain, devoir de réparation des spoliations et crimes commis dans les colonies, devoir de faire profiter l’humanité tout entière de la supériorité des institutions et techniques occidentales. Développer, pouvait alors se résumer à faire en sorte que les pays « sous-développés » rattrapent leur « retard » vis-à-vis des pays occidentaux « développés » érigés en modèles.

Or, l’idée très ethnocentrique que les pays riches occidentaux puissent servir de modèle apparaît de moins en moins tenable. Pour faire court, l’empreinte écologique de ces pays dits « développés » est telle que dans un monde fini, le rattrapage des niveaux de consommation des pays riches par les plus pauvres paraît impossible. Par ailleurs, les savoirs et rapports au monde des sociétés « traditionnelles » ou des « peuples premiers », longtemps jugés archaïques du haut de la condescendance occidentale, gagnent en légitimité voire sont cités en exemple et pris en compte dans certaines politiques publiques.

Si les ONG n’ont cessé d’actualiser leurs conceptions, visées et méthodes depuis les années 1960, cette transformation majeure (de leur lecture) du monde les met particulièrement à l’épreuve et soulève de nombreuses questions. La notion de développement serait-elle datée et périmée ? Quel sens et contenu donner au « développement » aujourd’hui ? Quels débats et tensions traversent les ONG de développement ? De quelles innovations conceptuelles et pratiques sont-elles le théâtre ? Quelles sont leurs sources d’inspiration ? Comment ces transformations affectent-elles leurs rapports avec les « bénéficiaires » ou « partenaires » ?

 

Programme [provisoire]

  • Anne Le Naelou (IEDES, UMR 201 - DEVSOC - Développement et Sociétés, unveristé Paris 1 Panthéon-Sorbonne) :
    Les ONG à la recherche du développement

Cette présentation se base sur le postulat que la notion du développement est historiquement indexée et qu’avec elle tout un marché de l’aide ne cesse de se (re)configurer avec des permanences et des changements. Après avoir rappelé les principales étapes d’une histoire sociale de la notion et de son avatar selon lequel il est possible de « fabriquer du développement », la discussion sera orientée sur un partage de connaissances académiques et d'expériences autour des défis rencontrés par les ONG aujourd’hui et leurs mises en perspective par rapport à cette histoire de l’aide et de la solidarité internationale

  • Vilma Sor Chile (Association communautaire pour le développement SERJUS) :
    Le point de vue latino-américain sur la question du développement [titre provisoire]

  • Emmanuel Cochon (CCFD-Terre Solidaire) [sous réserve]

 

Toutes les séances du séminaire 2018-2019 ici

 

 


Les intervenants

 

Anne Le Naëlou est Maître de conférence en sociologie. Elle dirige l'Institut d'études du développement de la Sorbonne (IEDES) et est responsable du master « Crises : intervention d'urgence et actions de développement ».

 

Vilma Sor Chile travaillle au sein de l’« association communautaire pour le développement SERJUS », une organisation d’éducation populaire guatémaltèque impliquée dans le renforcement des institutions territoriales dans une optique de défense des droits des populations. Vilma apportera un point de vue latino-américain sur cette question du développement. SERJUS est soutenu économiquement par le CCFD-Terre Solidaire.

 

Emmanuel Cochon est chargé des partenariats Amérique Centrale au CCFD-Terre Solidaire, une des principales ONG de développement française. Son témoignage rendra compte de l’évolution des stratégies d’intervention et des pratiques partenariales au sein de cette ONG, ainsi que des questionnements qui la traversent.

 


Le CCFD-Terre Solidaire (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement – Terre Solidaire) est une organisation de solidarité internationale inspirée par la doctrine sociale de l’Église. Au service « de tout l’homme et de tous les hommes », ses thématiques prioritaires sont : la souveraineté alimentaire, le partage des richesses, les droits humains et en particulier des migrants, la résolution des conflits, l’égalité femme-homme, la justice climatique. Son action repose sur des partenariats avec des acteurs des sociétés civiles dans les pays du « Sud » dans près de 70 pays, l’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale et le plaidoyer auprès des décideurs politiques. Les dons des particuliers assurent au CCFD-Terre Solidaire son indépendance.
En chiffres ce sont : 20 000 projets soutenus, 450 organisations partenaires sur 4 continents, 15 000 bénévoles, 900 équipes locales en France, 300 000 donateurs actifs.

 


Pour une science engagée des transitions

Axes de recherche