Centre Georges Chevrier - Sociétés et sensibilités
UMR 7366 - CNRS uB

Atelier de recherche


Penser la/les transition(s)
Histoire et sciences sociales devant les urgences du temps


Séminaire 2018-2019


Organisation :

Thomas Bouchet (Université de Lausanne), François Jarrige et
Jean-Louis Tornatore (CGC UMR CNRS uB 7366)



11 avril 2019
de 14 h. à 17 h.

Lieu :
uB – 2 bd Gabriel
Salle 319
(3e étage du bâtiment droit)

(accès/informations pratiques ici)

Êtres de transition dans les socialismes du premier XIXe siècle

 

 

Présentation

 

Beaucoup d’êtres à première vue étranges circulent pendant la première moitié du XIXe siècle dans nombre d’écrits socialistes – chez Charles Fourier et certains de celles-ceux qui se réclament de ses idées, ou bien chez l’abbé Constant, ou bien encore chez Jean-Baptiste de Tourreil. Certains sont dotés de corps hybrides, mixtes, situés dans un insaisissable entre-deux, en décalage avec les lignes de partage rationnelles et sensibles qui charpentent l’ordre social. D’autres (ou les mêmes) se livrent à des pratiques qui défient les règles en vigueur dans la France de l’Empire, de la Restauration, de la monarchie de Juillet. On peut les considérer comme des êtres de transition. On cherchera à comprendre quels liens sociaux ils sont capables de tisser, quels mouvements ils rendent possibles, et ce qu’ils représentent dans le travail de sape mené alors par les socialistes.

 

Programme


  • Thomas Bouchet (Université de Lausanne),
    Remarques introductives : à la recherche des êtres de transition :

La question des transitions chez les premiers socialistes a été abordée une première fois lors de la séance de l'atelier 2017-2018, Quels chemins jusqu'au nouveau monde ? La question des transitions chez les premiers socialistes (autour de Fourier, des fouriéristes, de Cabet, de Déjacque). Il s’agissait alors de se demander de quelle manière, dans des domaines très divers (la vie passionnelle, l'argent, le travail, les institutions, le remodelage des imaginaires, etc.), Fourier, les fouriéristes et Cabet se sont confrontés aux promesses et aux ambiguïtés d'une transition pacifique.
Cette fois l’accent porte sur des êtres de transition qui circulent dans de nombreux écrits socialistes ; certains sont dotés de corps hybrides, mixtes, situés dans un insaisissable entre-deux, en décalage avec les lignes de partage rationnelles et sensibles qui charpentent l’ordre social. D’autres (ou les mêmes) se livrent à des pratiques qui défient les règles en vigueur. Tous résultent d’un travail de critique radicale qui passe en particulier par la subversion du langage. On cherchera à comprendre quels liens sociaux ils sont capables de tisser, quels mouvements ils rendent possibles, et ce qu’ils représentent dans le travail de sape mené alors par les socialistes. Avant d’en revenir à Fourier avec Maude Antoine et d’en venir à Shelley avec Patrick Samzun, il s’agira de se livrer à un rapide parcours du côté de Considerant, de l’abbé Constant, de Tourreil et de quelques autres. Nous nous appuierons par exemple sur des études récentes consacrées à la figure de l’androgyne.

  • Maude Antoine (doctorante EHESS - CRH),
    Charles Fourier (1771-1837) et l'amour pivotal : la transition au coeur de la pensée fouriériste de la conjugalité :

Charles Fourier est un critique acerbe des institutions conjugales de son temps – et du nôtre – ainsi que des mœurs amoureuses et sexuelles attenantes. Selon lui, l'essor de la passion amoureuse est en réalité interdit dans notre société, sans qu'on le dise franchement. Il propose alors des institutions alternatives, dont le principe directeur est une modalité particulière de la transition : le pivot. A partir d'exemples d'institutions comme l'amour pivotal, le couple angélique, ou l'usage des pratiques homosexuelles dans les orgies, nous tenterons de montrer comment leur caractère pivotal est un moyen d'émancipation individuelle et de concorde sociale. Bref, une clef de l'ordre social fouriériste !

  • Patrick Samzun (docteur en littérature française, enseigne la philosophie au lycée Marcel Sembat de Vénissieux) ,
    La Reine Mab et la Vierge maniaque : Shelley, poète en transitions (1810-1839)

La Reine Mab (1813) est la « Bible » du mouvement chartiste (G. B. Shaw). L'appel qui conclut Le Masque de l'Anarchie (1819) accompagne – "again-again-again" – les révolutionnaires britanniques depuis 1839 (date de sa publication par Mary Shelley) : "Ye are many-they are few". Comment un jeune aristocrate anglais, connu pour ses abstractions lyriques et métaphysiques, a-t-il pu devenir en une douzaine d'années à peine (entre 1810 et 1822, le temps de sa courte vie d'adulte), une des références mais surtout un des agents – partiel, oblique, intermittent – de la « classe ouvrière anglaise » (E.P. Thompson) et même internationale ? Nous proposons d'examiner comment Shelley a su, par son génie de capture visionnaire, capter les mutations sociales, techniques, scientifiques et culturelles de son époque (celle de l'invention de machine à vapeur et des révoltes luddites) pour y tremper les armes, c'est-à-dire les mots, les images et les sons, d'une lutte politique émancipatrice. Notre analyse portera principalement sur la poésie politique de Shelley (La Reine Mab et Le Masque de l'Anarchie), mais aussi sur les aspects politiques de ses grandes œuvres épiques (La Révolte de l'Islam et Prométhée délivré).

 

Toutes les séances du séminaire 2018-2019 ici

Pour une science engagée des transitions

Axes de recherche