Centre Georges Chevrier - Sociétés et sensibilités
UMR 7366 - CNRS uB

Atelier de recherche


Penser la/les transition(s)
Histoire et sciences sociales devant les urgences du temps


La ou les transitions au prisme des pensées critiques du XIXe siècle


Contributions :

Contributeur :
Thomas Bouchet


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Il est souvent arrivé que les pensées critiques des deux premiers tiers du XIXe siècle prennent en charge la question de la ou des transition-s. Au temps des premiers socialismes – qualifiés improprement de « socialismes utopiques » – la question des moments ou phases dits transitoires avant le nouveau monde, la communauté, l’harmonie, est posée à de nombreuses reprises. Ce transitoire ménagerait le passage du présent vigoureusement dénoncé à l’avenir espéré ou entrevu ; il pourrait même être la condition de possibilité de ce passage. C’est dans cet ordre d’idée qu’il convient de rappeler qu’en revanche l’idée de révolution n’est mise en avant que par une minorité de ces socialistes et qu’elle est souvent même objet de défiance.

Le transitoire ainsi présenté porte cependant une part d’ambiguïté : il risque de durer ou même de masquer une continuité de fond entre deux ordres en société finalement très comparables. Les oscillations sur la question des transitions, leur centralité et leurs limites, sont sensibles par exemple dans les écrits de Joseph Déjacque, penseur et activiste libertaire du XIXe siècle médian. Cette question est abordée parmi d’autres lors de la journée d’étude Libertaire ! Joseph Déjacque (1821-1865) et son temps.

À ce stade du projet, ce sont cependant les écrits de Charles Fourier qui se révèlent les plus stimulants. Il pose très frontalement la question des situations ou états transitoires, des ambigus, des hybridités en les insérant moins dans une perspective chronologique que dans une perspective logique, en relation avec sa théorie des passions. C’est dans Théorie de l’unité universelle (1822) que Fourier va le plus loin dans cette direction. « Les transitions sont en équilibre passionnel ce que sont les chevilles et emboîtements dans une charpente. » (cité dans Edouard Silberling, Dictionnaire de sociologie phalanstérienne, 1911, p. 436)

Les conditions concrètes de la mise en pratique des pensées socialistes pourront également faire l’objet d’une attention soutenue dans la perspective qui nous occupe. Le Manifeste du Parti communiste tourne en ridicule les « châteaux en Espagne » de ceux qui rêvent « la réalisation expérimentale de leurs utopies sociales » – « établissement de phalanstères isolés, création de colonies à l’intérieur, fondation d’une petite Icarie édition in-douze de la Nouvelle Jérusalem ». On sait pourtant que des débats extrêmement riches sur la question de la réalisation ont donné lieu à des centaines d’expérimentations passionnantes, en France, en Europe, ailleurs dans le monde ; la question de la transition y était centrale.

Pour une science engagée des transitions

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