Centre Georges Chevrier - Sociétés et sensibilités
UMR 7366 - CNRS uB

Atelier de recherche


Penser la/les transition(s)
Histoire et sciences sociales devant les urgences du temps


Faire transition ou comment recomposer les mondes ?


Contributions :

Contributeurs.trice :
Yannick Sencébé,
François Jarrige,
Jean-Louis Tornatore


Intranet

Un quatrième axe pourrait engager des réflexions plus socio-anthropologiques ou socio-politiques sur divers mouvements qui aujourd’hui naissent un peu partout, portés par la conscience aiguë de la nécessité d’un changement radical de trajectoire et donc qui s’inscrivent dans une dynamique de transition. Parce que nous estimons que le mot ne doit pas être noyé dans une bouillie néo-libérale ou dans la purée des bons ou des grands sentiments qui-ne-peuvent-pas-nuire, il nous importe alors d’en apprécier la réelle portée, par une approche fine, au cas par cas et sans complaisance.

  • Il s’agirait tout d’abord de s’intéresser à ce que font les acteurs lorsqu’ils se présentent comme des « transitionneurs » : on pourrait ainsi envisager des enquêtes sur les pratiques concrètes et situées de transition, dans la foulée de divers travaux comme ceux de Luc Semal (2012) qui étudie ces expériences et explore comment elles peuvent remodeler en profondeur « le paysage politique des mobilisations écologistes ainsi que les termes du débat sur l’écologisation des sociétés industrialisées ». L’enjeu de ces expériences de transition est d’imaginer des scénarios réalistes de « sobriété heureuse », d’élaborer des trajectoires alternatives pour éviter l’effondrement. L’enjeu du regard porté sur celles-ci serait alors d’éclairer les cadrages politiques et idéologiques qui les accompagnent.

  • Mais les essais d’élaboration de trajectoires alternative naissent également de mouvements sociaux issus de contestations ponctuelles d’aménagement urbain ou territorial, autrement dit qui ne sont pas intentionnellement portés par une volonté de transition : on pense bien sûr aux ZAD, de l’opposition inaugurale au projet d’aéroport de Notre-Dame-de-Landes (Mauvaise Troupe 2016, Bulle 2016) au, tout près de nous, Potager Collectif des Lentillères (Sencébé 2013). Ces mouvements pourraient-ils être considérés comme des expériences de transition qui ne disent pas leur nom ? Il nous semble qu’une pensée des transitions trouverait à s’enrichir dans l’attention à ce qui s’invente ici. Précisément, il s’agit de mesurer leur force d’inventivité et d’exemplarité. De ce point de vue, quel en serait le coût – le coût de la « forme ZAD », pour utiliser le langage de la sociologie pragmatique – ? Se profile une interrogation sur l’opérativité sociale de telles expériences en tant qu’elles sont partagées entre une tendance à la « rupture affinitaire » et un souci de « transition inclusive ».

  • Enfin, au croisement de ces deux postures, il s’agirait d’apprécier les écarts revendiqués par rapport à ce qui est en passe de devenir une doxa « transitionniste » : nombre de mouvements sociaux cherchent des transitions tout en contestant le label, à l’image du journal La Décroissance qui se fait l’écho d’une critique de la rhétorique de la transition, y voyant la marque d’un réformisme technocratique profondément ambivalent.
 

 

Pour une science engagée des transitions

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